Centres médicaux de Bala et de Dawady

Le lundi 18 mars, un incendie ravageur a frappé le Centre Médical de Bala, institution cruciale pour la santé des habitants de la région. Érigé et maintenu avec dévouement par l’association humanitaire Le Kaicedrat depuis 2012, le centre a été cruellement amputé de 60% de sa capacité hospitalière dans ce tragique événement.
Alors que la fumée se dissipe, un premier bilan des dégâts a été dressé. Les équipes sur le terrain s’activent désormais dans une course contre la montre, entre opérations de nettoyage et évaluation de la solidité des structures restantes. L’objectif est clair : reconstruire et activer le plan de réhabilitation des bâtiments dévastés, afin de restaurer au plus vite les services médicaux essentiels.

Malgré le chaos et les décombres, le personnel médical, témoin de cette tragédie, reste résolument engagé dans sa mission. Au sein des salles de consultation épargnées, les soins se poursuivent sans relâche pour les malades qui affluent quotidiennement.
Un appel aux dons a permis de recueillir plus de 60.000 euros. La reconstruction des bâtiments détruits par l’incendie est maintenant terminée.
Santé des mères
Maison des mamans
La maison des mamans est achevée et les premières femmes enceintes ont été admises. Un règlement intérieur a été rédigé pour déterminer quelles seront les grossesses à risque qui y seront hébergées.

A Bala toutes les femmes enceintes font une échographie au 8-9 ème mois.
Ce n’est pas encore le cas au poste de DAWADY qui ne possède pas d’échographe. Nous avons le projet de faire venir de Tambacounda une fois par mois une sage femme dument formée avec un échographe portable pour réaliser cette examen en routine.
Tous les trimestres une réunion a lieu avec des femmes agents de santé issues des villages et la sage femme du poste. Elles sont formées pour passer des messages sanitaires auprès des femmes de leur village. Un plaidoyer a lieu pour le suivi de la grossesse et l’accouchement en maternité.
Ces réunions ont lieu depuis de nombreuses années à Bala mais viennent seulement de démarrer à DAWADY. Les premières ont connu un grand succès. Ces femmes viennent avec leurs plus beaux habits pour y participer et semblent heureuses de venir.


A Bala le suivi des grossesses et le nombre d’accouchements médicalisés continue de progresser. Les femmes adhérant au planning familial sont toujours aussi nombreuses ( 380 environ ) La tendance s’oriente vers des méthodes contraceptives de longue durée. Il est maintenant possible de proposer d’emblée une contraception à des jeunes filles qui contractent des mariages précoces. C’est le fruit d’un grand travail de sensibilisation de nos sages femmes.
Le dépistage de l’hypertension gravidique ( cause principale de mortalité maternelle ) est efficace , toutes les femmes sont correctement diagnostiquées. Le traitement est donné gratuitement aux femmes des villages autour de DAWADY.
Santé des enfants
Le paludisme est pris en charge au sein même des villages (diagnostic et traitement) grâce à des agents de santé spécialement formés. Il en va de même des diarrhées mais des ruptures sont possibles pour l’approvisionnement en sels de réhydratation. Les pneumopathies doivent en revanche être traitées au poste de santé , ce qui peut entraîner des carences de soins. Une enquête serait nécessaire pour évaluer l’importance de ces carences.
5% des enfants de notre zone souffrent de malnutrition sévère. Son dépistage est très efficace. Mais la prise en charge de ces enfants et de leur mère n’est pas satisfaisante , surtout à Dawady. De nombreuses mères , une fois le diagnostic établi , n’emmènent pas leur enfant consulter sauf s’il y a des complications.
Nous allons étudier la possibilité de fabriquer un plumpy nut local , en partant des productions des populations et de le donner au sein du village. Et de le faire distribuer par l’agent de santé mobile

La maison des mamans n’a pas commencé l’accueil des enfants malnutris avec leur mère. L’infirmier chef qui en aura la responsabilité est parti se former dans un centre de renutrition tenu par des sœurs à Kolda. Son retour est imminent.
Opérations de la cataracte
En raison de l’incendie du centre médical de Bala une seule session de chirurgie ophtalmique a eu lieu en 2024. Celle-ci s’est déroulée du 21 au 24 juillet.
En deux jours 77 patients ont été opérés.

Lors de cette mission l’innovation a été l’utilisation de la phaco-émulsification qui est une technique d’extraction extra-capsulaire mécanisée à travers une mini incision de 2,5 mm sans sutures. La machine portable, prêtée par Dr NDIAYE Mar, est de marque Amo Compact Sovereign dotée de la technologie ELLIPS FX. Elle est conçue pour être simple d’utilisation, efficace et fiable avec des cassettes autoclavables.

En deux jours 77 patients âgés de 39 à 90 ans ont été opérés par extraction extra-capsulaire suivie d’une implantation dans la chambre postérieure (EEC+ICP) dont 21 par phaco-émulsification avec des suites simples. On dénombrait 32 hommes et 45 femmes. Seuls quatre patients ont été récusés.


Perspectives
L’utilisation du phaco-émulsificateur remet au goût du jour le projet d’un centre de formation et de perfectionnement en chirurgie de la cataracte au moment où beaucoup de jeunes ophtalmologistes sénégalais se rendent en Inde pour suivre une formation en phaco-émulsification.


Lutte contre la bilharziose
( partenariat Le Kaicédrat )
Intervenants :
- Monique N’DIAYE
- François BESSIN
- Dr Boubacar KEITA
- Dominique BARBIER

Le programme Bilharzioses – Latrines, initié en 2008, s’est effectué selon 3 axes :
1° le suivi de la prévalence des bilharzioses
par l’examen microscopique des selles et urines des 6-14 ans des 15 villages du programme de veille, et, comme chaque année, l’examen des selles des 0-5 ans d’Assoni, le village pilote.
Pour les 6-14 ans, les prévalences de la bilharziose intestinale sont de 21% (12% en 2023) et de 24% (22% en 2023) pour l’uro-génitale. De grandes disparités existent d’un village à l’autre.
La hausse des prévalences s’explique en partie par le nomadisme en hivernage pour certains, le partage des maraichages et rizières – sans latrines – pour d’autres et surtout par le retard du traitement de masse des 6-14 ans par le PNLB, aucun traitement depuis 2022, dû à une distribution encore très perturbée du praziquantel au Sénégal en 2024 comme dans bien d’autres pays africains .
Pour les 0-5 ans d’Assoni, la prévalence de la bilharziose intestinale a également augmenté, 28 % contre 16% en 2023. Les enfants positifs ont été traités au cas par cas par l’infirmier de Bandafassi.

2° La poursuite de l’éducation sanitaire dans les villages enclavés
Ce volet essentiel et indispensable du programme est assuré par l’agent de santé.

3° La construction de latrines pour couper le cycle parasitaire
De très nombreux villages sont demandeurs de ces infrastructures qui restent les plus simples et les plus efficaces pour couper le cycle au parasite mais aussi pour lutter contre les maladies du péril fécal.
Malgré les demandes insistantes et multiples, 35 latrines seulement ont été construites, soit un total de 1275 latrines depuis 2010.


Odontologie
Le cabinet dentaire du centre médical de Bala a fonctionné en 2024 malgré l’absence de praticien de la région pour faire des vacations.
Quatre missions de chirurgie dentaire de 48h ont été effectués par le Dr Anny Charbit dentiste
123 patients ont été soignés et vu l’état avancé des lésions 191 extractions ont été effectuées chez des patients souvent jeunes. 42 soins conservateurs ont pu être réalisés.
Aucune autre solution thérapeutique que l’extraction n’est possible chez nombre de patients qui viennent souvent avec des infections, voire des fistules à la peau.
Le cabinet dentaire est moderne et un nouveau fauteuil a pu être installé en 2024.
La pathologie dentaire est un gros problème de santé publique dans cette zone reculée à mi-chemin entre Tambacounda et la frontière malienne.
Un travail d’éducation sanitaire des mères et des enfants est nécessaire et des vacations plus fréquentes de praticiens sont recherchées.

Forages et agronomie
( partenariat Eau Claire )
La création de nouveaux forages a été suspendue afin de consacrer nos moyens a la remise en état de nos sites (16 à ce jour), à leur modernisation , et surtout à leur suivi par un maintenancier.
L’intervention, depuis juillet 2023, après un stage en entreprise de 3 mois, de Gilbert DIATTA, a permis de constater, avec beaucoup de satisfaction, que tous les sites étaient en état de marche, en dépit de l’avancée de la saison sèche. La seule exception était le village de DIMBO où il faudra replacer des tubes pour des raisons techniques propres au site. La commande a été passée et l’exécution est imminente.
Le passage régulier de ce maintenancier, tous les mois dans chaque village, permet la formation des villageois , une détection des risques de panne et surtout une réparation rapide.

Les tubes galvanisés ( ou prétendument tels ) posés en son temps par EDF, pourrissaient en moins de deux ans. Ils ont été remplacés par des tuyaux souples beaucoup plus durables. L’autre avantage de ces tuyaux souples est de permettre ,sans matériel de levage, de remonter et d’inspecter les pompes.
Plusieurs pompes ont également été changées et des panneaux solaires ajoutés dans certains villages.
Certains sites étaient équipés de compteurs et du fait du passage régulier de Gilbert DIATTA, nous avons pu établir des relevés de consommation.
Nous avons été heureusement surpris par des consommations qui vont de 75 à 250 M3 par mois selon la population des villages et la qualité de la nappe.
De ce fait, nous avons acheté des compteurs afin d’équiper tous les sites.

La régularité de fonctionnement des pompes a permis à certains villages plus entreprenants d’initier des jardins que nous avons pu admirer. C’est un excellent moyen de lutte contre la malnutrition.
La conclusion essentielle est que se trouve résolu le gros problème de toute association oeuvrant en Afrique:
La maintenance
Nous retenons également les grandes qualités de notre maintenancier Gilbert DIATTA: bonnes connaissances techniques, maitrise des langues locales outre le français et régularité dans el travail. Nous lui avons offert un ordinateur de façon à enregistrer toutes les données de chaque site et el suivi.
Nouveau projet Bandafassi

Le Dr Boubacar Keita dont les études ont été fiancées par la fondation a réussi brillamment son diplôme. Il s’est porté candidat pour un poste d’obstétricien au centre de santé de Kedougou et a été choisi. C’est sa région d’origine. Toutes les populations le connaissent car son père était l’agent de santé le plus réputé de la zone.
C’est pourquoi la fondation lui a proposé de monter un projet de lutte contre la maternelle dans sa région qui est une des plus impactée par cette pathologie.
Une première réunion a eu lieu. Le succès fut important : 37 villages ont manifesté leur intérêt et ont demandé à y participer !

Le programme proposé reposera sur 6 piliers :
- Un agent de santé motorisé visitera chaque mois les 37 villages de la zone pour prendre la T.A. des femmes enceintes et dépister la malnutrition des enfants de moins de 2 ans.
- Un véhicule 4X4 avec chauffeur sera positionné au village d’IBEL ( situé au milieu de la zone ) pour assurer le transfert de toutes les urgences obstétricales au centre de santé de Kedougou.
- Le recrutement de 37 femmes ( une par village ) ayant le statut de bajang Gox ( agent de santé ) pour faire passer des messages sanitaires aux femmes de leur communauté. Chaque trimestre elles auront une réunion de formation avec la sage femme de leur zone.
- Une formatrice pour ces 37 Bajang Gox.
- Une maison des mamans sera construite près d’ibel pour accueillir avant l’accouchement toutes les femmes présentant des grossesses à risque et résidant dans des villages enclavés. C’est une demande qui est venue des populations. Elles se sont engagées à construire elles mêmes cette maison et demandent seulement le financement des matériaux.
- Une échographie gratuite au 8ème mois sera proposée à toutes les femmes enceintes de ces 37 villages.


La mise en place de ce programme se fera sur deux ans. Le véhicule 4X4 est actuellement en place et deux transferts d’urgence ont déjà eu lieu. La première femme avait un placenta praevia et une grossesse gémellaire. Elle a accouché de l’un des jumeaux dans le véhicule. La seconde présentait une hémorragie du post partum. Toutes les deux ont été transférées en urgence au centre de santé et ont pu être soignées à temps.
Le budget annuel prévu est de 25.000 €
